La banalisation de la fessée
- Audrey Hesseling

- 11 août
- 3 min de lecture
🌸Ces derniers jours, j’ai vu passer des échanges autour de parents épuisés, d’enfants neuroatypiques qui débordent émotionnellement avec des colères intenses… et parfois de la fessée présentée comme une réaction « humaine », « exceptionnelle » ou « parce qu’on a craqué ».
Je comprends la difficulté. Être parent peut être éprouvant. Se retrouver face à un enfant qui frappe, crie, hurle ou refuse tout peut mettre notre propre système nerveux à rude épreuve.
Reconnaître cela est IMPORTANT.
🌸Il est tout aussi important de rappeler une chose : un moment de débordement n’efface pas la nature du geste.
Les violences physiques et psychologiques envers les enfants ne sont pas des outils éducatifs. Elles sont interdites par la loi depuis 2019, au même titre que les violences faites à n'importe quelle personne.
Cette interdiction vise à poser un cadre collectif : un enfant est une personne, avec une intégrité physique et émotionnelle qui mérite d’être respectée.
Nous avons progressivement appris, en tant que société, à ne plus considérer comme acceptable qu’un conjoint soit frappé « parce que l’autre était à bout », ou qu’une personne soit humiliée « pour son bien ». La même réflexion est nécessaire envers les enfants.
Cela ne signifie pas qu’un parent qui craque est un « mauvais parent ». Cela signifie qu’un parent qui craque a besoin de soutien, d’outils et parfois d’aide pour retrouver de la sécurité dans la relation.
🌸La NonViolence ne consiste pas à être parfait. Elle consiste à regarder nos réactions avec lucidité, à réparer quand nous avons dépassé une limite, et à chercher d’autres chemins.
Parce que éduquer un enfant, ce n’est pas seulement lui apprendre à accueillir ses émotions, c’est aussi lui montrer, par l'exemple, par l'imprégnation, comment les adultes gèrent les leurs.
Sur le plan éducatif et pédagogique, la fessée ne transmet pas l’apprentissage que l’on souhaite lui attribuer. Elle n’enseigne pas à l’enfant ce qu’il aurait pu faire autrement, ni comment mieux vivre sa frustration ou réparer une erreur. Elle lui apprend surtout qu’en cas de conflit, la personne la plus forte physiquement peut imposer sa volonté. Dans l’instant, elle peut provoquer un arrêt du comportement par la peur ou la sidération, mais elle ne développe pas les compétences dont l’enfant a besoin : comprendre ses émotions, développer son empathie, trouver des alternatives ou apprendre à réguler ses réactions.
L’enfant va retenir « je dois éviter de recommencer pour ne pas être frappé », mais pas forcément « je comprends pourquoi mon comportement posait problème et je sais comment agir autrement la prochaine fois ».
🌸La violence éducative ne repose pas uniquement sur les épaules des parents. Elle s’inscrit dans une histoire collective, dans des habitudes transmises de génération en génération, dans des croyances profondément ancrées comme « une bonne correction ne fait pas de mal », « j’en ai reçu et je vais bien » ou « il faut bien les éduquer sinon ce seront des enfants rois "
Ces réflexes ne naissent pas de nulle part : beaucoup d’entre nous avons grandi avec ces modèles. Les remettre en question demande du courage, car cela nous invite parfois à regarder autrement notre propre histoire.
Mais nous avons tous un rôle à jouer dans le changement de société. En tant que parents, professionnels de l’enfance, proches, témoins, citoyens, nous pouvons contribuer à faire évoluer les normes autour de l’éducation. Cela passe par le soutien plutôt que le jugement, par la transmission d’outils plutôt que par la culpabilisation, et par le choix collectif de relations où la force ne sert pas à imposer mais où l’on apprend à se comprendre.
🌸 Changer notre regard sur l’éducation des enfants, ce n’est pas accuser les générations précédentes. C’est reconnaître ce qui a été transmis, garder ce qui nourrit la relation, et transformer ce qui abîme le lien.





